dans le blanc…

Paris, 12 arr.
10 avril 2021

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« (…) Cette fois-ci, puis encore une je pense, puis c’en sera fini je pense, de ce monde-là aussi. »

Je perds le fil, c’est comme une infusion, ça se diffuse en moi. Comme un flash qui s’évanouit. Je suis entre deux lignes, dans le blanc, incertain, c’est fin, ça ne tient à rien, un fil. Un rayon de soleil passe sur le mur. Un nuage l’éteint. C’est la fin d’un après-midi de printemps. Un chant d’oiseau, au loin, un éclat de voix ; il n’y a plus une seule voiture. Est-ce cela le bruit blanc de la ville ? Une place nette, immaculée ? La fenêtre entre-ouverte laisse passer un souffle de vent, j’entends le soupir des rideaux qui font bruisser les feuilles du ficus… Il faudrait accrocher le cadre photo des vacances comme on l’a dit ou alors y mettre la petite bibliothèque en bois. Il faudrait acheter du pain pour ce soir. On pourrait prendre un café en terrasse en bas, profiter des derniers rayons de soleil de la journée. Oh oui ! Ah, non… La ville d’avant : le bruit, les gens, le vent, la pluie, le manque. La ville d’avant me manque, comme l’odeur d’un sous bois ou de l’herbe fraîchement coupée, un brin de soleil dans la rosée du matin, un lys chez Mamie. Mamie, qui me disait que même l’océan est blème, amorphe, comme figé lui aussi. On pourrait peut être repeindre, profiter du temps que l’on a. Ça redonnerait du souffle, en couleur ? Là, plus rien, l’apnée : aucune voiture, personne. La ville inodore, impersonnelle, indolore, aoûtienne. Les voitures volantes, c’était un beau projet. Là le seul truc qui vole ce sont les drones : leurs mouvements souples, leurs saccades, leur ballet incessant, leurs reflets argentés dans les rues. La lumière baisse, des rayons éclairent le mur qui se contraste par endroits, on distingue le blanc de l’albâtre et de l’ivoire. Il fait encore jour. Les aspérités d’une vie passée révèlent des petites ombres qui s’ajoutent aux rugosités de la toile de verre peinte. C’est lumineux, lisse, clair-obscur, doux, régulier, un tapis pour les yeux. Étonnant, on dirait un…
vrr-vrr-vrr

[un téléphone vibre sur la table]
vrr-vrr-vrr
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du salon et de la salle de bain.
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J’étais en train de lire, je crois. Dans ce monde là.
Celui qui se termine ? Peut-être…
J’étais entrain de lire, et je crois que je n’avais jamais regardé ce mur aussi longtemps.

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