Vagues à lames…

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5 mai 2023-2
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– Y’a eu plusieurs vagues…

Au début du confinement, en 2020, ça jouait perso. T’accusais le coup : ton appart, ta maison, ton couple, tes mômes, ton taf, tes économies, avec de la chance… Tous tes choix de vie qui remontent, tu fais le bilan.
La claque.

Puis tu reprends conscience du collectif : ta famille, tes amis, tes voisins – ça va vous ? – la société, l’Etat, le monde, tous les autres là… Attends, je te le refais. Ça donnait à peu près ça au réveil : « Flash info France Inter il est 7 heure. Bonjour à tous, aujourd’hui plus de la moitié de la population mondiale est confinée, les États des plus grands pays du monde ont décidé de fermer les… ». Cafés, cinés, écoles, usines…
Le vertige.

Ça tourne, ça roule, ça cingle, et au bout de quelques semaines ça décante. A l’époque, on s’est tous mis à questionner la situation. Est-ce qu’on aurait pu éviter ça ? Est-ce qu’on était obligés d’en arriver là ? Et les autres, comment ils gèrent ? Et nous, comment on va gérer, après ? Et… moi ? Faut se remettre dans le contexte. Du jour au lendemain, on avait tout arrêté pour une « petite grippe ». On était tous sortis du taf un vendredi soir, avec notre bureau sous le bras, pour plus y remettre les pieds pendant des lustres. En quelques semaines, y’avait des centaines de milliers de morts dans le monde. On s’est retrouvés chez nous, en cercle fermé, avec à peine un taf à ronger, à écouter des mecs et des nanas nous parler de la vie qu’on avait plus, nous dire qu’il allait falloir se relever les manches pour relancer la machine. Sur fond de fausses excuses sur le fait que les mecs et les nanas – les mêmes – n’avaient pas bien mesuré le truc de la pandémie et avaient oublié de commander des masques. Ça nous a fait un choc.
La nausée.

Le malaise, c’était l’ensemble qui chancelait : la santé qui se prenait une claque comme jamais. C’était à l’abandon depuis des lustres. C’était pire ailleurs… La police qui s’embourbait dans la violence depuis plusieurs mois déjà. Les enseignants qui se retrouvaient à acheter du matos eux même tellement y’avait plus rien… C’est tout le régalien qui s’effondrait : santé, éducation, sécurité, justice… Ça s’égraine tellement bien qu’on pourrait en faire un chapelet.
La fin.

Y’a eu plusieurs vagues…

Après ça, la bourse s’est arrêtée, partout. Vers novembre 2021 toutes les places de marché ont fermé les unes après les autres. Après quelques soubresauts pendant plus d’un an, ça descendait trop pour tout le monde. Ils ont décidé de fermer. C’était pas con l’idée de calmer le jeu, d’arrêter l’hémorragie. C’était sans compter sur la puissance de certaines boites ! Celles qu’on ne voyait pas venir depuis plusieurs décennies malgré leurs gros sabots, les « entreprises du numérique ». À l’époque elles ont entre 22 et 45 piges les « petites nouvelles », pas ce qu’on appelle des premières fraîcheurs non plus ! Mais dans Internet ça compte pas vraiment, elles étaient dans leurs bulles, alors personne n’était trop regardant. Mais quand on s’est tous retrouvés chez nous sans permission de sortir pendant des mois, qu’est-ce qu’on a fait ? On a streamé, maté Netflix, Prime Video, Disney+, faut bien s’occuper. Fait des visios pour le boulot ou avec nos proches… ok : Messenger, WhatsApp ? Hangout, Meet ? Skype, Teams ? Tu vois, ça devient intéressant. Avec quoi tu fais tout ça ? Avec ton tel Apple ou Androïd ou sur ton bon vieux pépère qui tourne sous Windows. C’est qui le régalien là ?
La tourmente.

Finalement après plusieurs vagues de confinement, avec une économie arrêtée, des places boursières fermées et tout le monde au chômage – partiel pour les plus chanceux – on s’est retrouvés avec l’ensemble de la populace occidentale qui zonait entre six boites en gros. Toutes amerloques. Et là mon p’tit chat, ça se complique.
Tout vacille.

Redistribution des rôles.

L’avantage du capitalisme à l’époque c’est qu’avec du fric tu pouvais à peu près tout. Et c’était tellement la merde, et elles, elles étaient tellement à l’aise qu’elles n’ont eu qu’à se pencher pour ramasser. C’était les croisades, les colonies, la conquête de l’Ouest, la guerre de sécession, la seconde guerre mondiale, tout ça réuni. La division du monde à l’échelle des marchés : le plus grand gâteau que la Terre ait jamais compté. Pas de frontières, pas d’océans, seulement des besoins, des services et des clients exsangues, anomiques, affables mais connectés.
Le tournis.

En 2021, Amazon a repris tous les systèmes de livraisons et de logistique du monde, racheté tous les commerces de proximité pour trois thunes. Tu parles, tous les gérants étaient tellement contents de devenir salariés après le bouillon qu’ils s’étaient pris. Dix mois de galères dont quatre de fermetures fermes sur un exercice, quand t’es indé ça te fait réfléchir sur la liberté. Ironie de l’histoire les libraires ont été les premiers à sauter sur les offres… Ils ont aussi pris la gérance et la réorganisation des réseaux de postes délaissés par tous les états occidentaux depuis plusieurs décennies.
Abyssal.

Dès fin 2020, Google a sorti son offre healthcare qui attendait bien planquée sous Alphabet et que, là encore, personne n’avait vu venir. Ils ont mis la main sur tous les systèmes de santé laissés KO par les premiers pics. Ils ont même monté des cliniques d’urgences dans des conteneurs sur le même modèle que leurs fermes de serveurs : transportables, modulables, extensibles. Une merveille à côté des tentes de fortune des hôpitaux militaires. Et va pas croire que ces cliniques d’urgences sont allées qu’en Afrique, le tiers monde c’est partout, y’a des charniers dans Central Parc. Le tiers monde, c’est ici ! Ajoute à ça le rachat de Samsung et la prise de position dominante sur les infrastructures réseau qu’ils travaillaient déjà depuis 10 ans, on partait sur un bon duo de tête!
Déferlante.

Aujourd’hui, Facebook détient l’ensemble des réseaux sociaux comme c’était déjà le cas à l’époque. Ils ont en plus repris tous les systèmes de visio et de stream. Amazon leur a lâché Twitch l’année dernière, ça leur prenait trop de temps. C’est finalement à eux qu’on a confié le développement de l’application de suivi du virus dès décembre 2020. Les états n’ont jamais réussi à faire un truc propre. Ils ont essayé bien sûr mais c’était développé dans l’urgence, mal coordonnés entre eux et l’opinion a eu peur de Big Brother… Bon, Facebook soyons clairs, niveau données, fichage and co c’était déjà la cata mais t’avais 2,5 milliards de gens dessus. C’est allé plus vite, c’était gamifié, ils connaissait tes relations depuis 15 ans… Va pour Big Sister.
Et puis c’est devenu obligatoire.
Le frisson.

Twitter a fait parti de la lutte et à beaucoup aidé à structurer, informer, rigoler et tenir, au début. C’est globalement devenu un chat ouvert. On papote, on s’entraide, on se refile des gifs. Retour aux sources comme on dit.
#soutine

Apple a continué de truster sa sphère et s’est positionné sur une offre plus frugale, les téléphones à mille balles quand plus personne n’a de thune ça marche pas des masses. L’offre de streaming a été répartie entre tous : Amazon a gardé Prime Video, Apple a racheté OCS, Google s’est offert Netflix, et Facebook : Disney.
Terminé.

Attends chaton, c’est pas fini !

Sur le marché de l’automobile, à la « surprise générale », Tesla a raflé l’ensemble de la mise. Tous les constructeurs mondiaux – à l’exception de Toyota qui s’est chargé des japonais et des coréens – tous. T’aurais cru l’industrie de la téléphonie mobile larguée quand Apple a sorti le premier iPhone en 2007. Ha fallait voir !
Le foutoir.

Reprends le contexte : au delà des pertes considérables qu’avait représentées la fermeture des usines sur les constructeurs historiques, y’a eu une dimension éthique et psychologique que personne n’avait anticipée. Ça s’est imposé à nous. Imagine : on a tout arrêté, y’a plus de pollution ou quasi, le ciel a changé de couleur. Ça sent la campagne dans Paris. Au moment de repartir la question de re-polluer s’est posée là. Avec le niveau de conscience qu’on avait tous à l’époque, t’enlèves la routine, tourner la clef dans un engin thermique ça prend une ampleur de dingue. Plus personne n’en voulait. Le deuxième truc qui a joué en faveur de Tesla c’est l’après. Quand tu te retrouves confiné les 98% de ton temps chez toi sans pouvoir sortir de ta kilzone, t’as plus besoin de caisse. Pour les 2% de temps restants, on est limités à une zone de 500km pour les week-end et les vacances, sauf à choper une autorisation dérogatoire : beaucoup de paperasses. Si c’est pour prendre l’avion, ça devient l’enfer. De fait, on reste en général dans les 500km donc plus de problème d’autonomie. Avec ta batterie de 600 bornes : tu roules, t’arrives, tu branches, tu repars. C’est ce qui a sauvé Toyota aussi.
Électrique.

Tu te souviens de l’odeur de l’essence ? Quand t’es gosse, assis à l’arrière de la bagnole, t’ouvres un peu la fenêtre, il fait frais, l’air s’engouffre dans l’habitacle et tu respires cette odeur minérale, entêtante, interdite. Le ronronnement de la route au loin. Tu te rappelles ?
Alcoolique.

J’oublierai jamais…

… Miaouuuu !

– Hey attends, pars pas comme ça !

Y’a eu plusieurs vagues et nous… On a appris à surfer.

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